
La Banque centrale européenne (BCE) conclut jeudi sa réunion de politique monétaire de deux jours et annoncera sa décision à 13 h 15 GMT. Elle devrait très probablement maintenir les taux des opérations principales de refinancement et de la facilité de dépôt à respectivement 2,65 % et 2,50 %, après les avoir tous deux relevés de 25 points de base (pb) en septembre.

Parallèlement à sa décision, la banque publiera sa déclaration de politique monétaire, mais l’attention se portera surtout sur la conférence de presse de sa présidente, Christine Lagarde, prévue à 13 h 45 GMT. Ses réponses aux journalistes seront soigneusement analysées pour voir si elles confirment les anticipations du marché d’une troisième hausse des taux en décembre.
L’euro (EUR) devrait bénéficier d’un certain soutien si la BCE adopte jeudi un discours résolument restrictif, mais les risques restent nettement orientés à la baisse. Les prix élevés du pétrole et les inquiétudes des investisseurs concernant la santé budgétaire de la France pèsent lourdement sur la monnaie unique, qui pourrait subir un revers important si Christine Lagarde tempère les espoirs du marché d’une hausse des taux en décembre.
Les marchés intègrent presque entièrement une pause dans le resserrement monétaire de la Banque centrale européenne jeudi. Après une première hausse en juin, la BCE a relevé ses taux d’un quart de point en septembre et voudra évaluer l’impact de cette dernière décision avant d’augmenter à nouveau le coût du crédit, même si les fortes pressions inflationnistes excluent tout geste accommodant.
L’inflation des prix à la consommation dans la zone euro a accéléré à 3,8 % sur un an en septembre, son plus haut niveau depuis trois ans, contre 3,2 % en août, alimentée par une hausse annuelle de près de 19 % des prix de l’énergie. Le pétrole, principal moteur de l’inflation, évolue environ 50 % au-dessus de ses points bas de juillet et devrait rester à des niveaux élevés pendant quelque temps, compte tenu de la situation incertaine et instable au Moyen-Orient.
L’inflation sous-jacente est en revanche restée stable, ce qui laisse une certaine marge de manœuvre à la BCE. La banque a également indiqué ne pas constater de signes d’effets inflationnistes de second tour marqués, ce qui plaide davantage en faveur d’une pause. Toutefois, la forte hausse de l’inflation globale a certainement mis les responsables monétaires en alerte.
L’inflation ne sera cependant pas le seul sujet à l’ordre du jour de la réunion de la BCE jeudi. La flambée des coûts d’emprunt de la France a déclenché l’alerte sur les marchés obligataires, portant l’écart de rendement avec le Bund allemand à des niveaux inédits depuis la crise financière de 2009-2011. Dans ce contexte, des spéculations ont émergé sur le recours à un dispositif d’achat d’obligations de la BCE, à savoir l’instrument de protection de la transmission (TPI), même si les chances de son activation cette semaine sont minces.
Tout bien considéré, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, devra calibrer son discours avec soin pour satisfaire tout le monde. Maintenir l’inflation ancrée à sa cible constitue l’objectif principal de la banque et, à ce titre, elle sera contrainte de laisser entrevoir de nouvelles hausses des taux d’intérêt dans les prochains mois. Cela dit, les récentes données de la zone euro suggèrent que la croissance économique reste fragile, tandis que la flambée des rendements obligataires durcit déjà les conditions financières et atténue la pression en faveur d’une hausse immédiate des taux d’intérêt.
Les analystes de Brown Brothers Harriman soulignent que l’enquête d’octobre de la BCE « a fait apparaître un nouveau durcissement net des critères d’octroi de crédit et un affaiblissement de la demande de prêts au troisième trimestre », une combinaison qui « freine l’activité économique de la zone euro et remet en question les près de 75 pb de hausses des taux de la BCE intégrés par les marchés sur les douze prochains mois ».
Alors que les marchés à terme évaluent à plus de 80 % la probabilité d’une hausse des taux d’un quart de point en décembre, le risque réside dans un discours trop accommodant de Christine Lagarde, qui pourrait affaiblir davantage le soutien des spéculateurs à un euro déjà fragile.
L’euro recule face aux principales autres devises depuis quelques semaines. Les inquiétudes concernant les conséquences potentielles de prix du pétrole durablement supérieurs à 100 $, conjuguées aux problèmes d’endettement de la France et à l’agitation sociale qui se propage dans le pays, ont détourné les investisseurs de la monnaie unique en octobre.
La paire EUR/USD a perdu près de 5 % au cours des deux derniers mois, touchant un plus bas de 17 mois juste au-dessus de 1,1100 ; l’EUR/GBP s’est déprécié d’environ 2,8 % sur la même période, tandis que l’EUR/JPY a perdu environ 6 % de sa valeur.
Ces chiffres soulignent l’importance d’une orientation restrictive de la BCE lors de la réunion de jeudi. Les anticipations de politique monétaire ne devraient pas suffire à elles seules à faire remonter l’euro, mais elles pourraient contribuer à atténuer la pression baissière, surtout si elles s’accompagnent d’un engagement clair à soutenir la France.

Sur le plan technique, Guillermo Alcalá, analyste du marché des changes chez FXStreet, estime que le cycle baissier de l’euro s’est prolongé à l’excès, mais observe que « l’incapacité de la paire EUR/USD à revenir dans le haut de la fourchette des 1,1200 maintient pleinement la tendance négative ».
Le graphique journalier montre les premiers signes d’un essoufflement de la dynamique baissière, mais l’indice de force relative (RSI) reste inférieur à 40, ce qui suggère que les acheteurs sont absents, bien que l’histogramme de convergence-divergence des moyennes mobiles (MACD) soit repassé au-dessus de zéro.
« Les acheteurs devraient franchir la zone de résistance à 1,1255, qui a contenu les tentatives de hausse en octobre, puis ramener l’attention sur les points bas de fin juin, autour de 1,1325, pour confirmer un retournement de tendance », déclare Alcalá.
À défaut, selon l’expert de FXStreet, la pression s’accentuerait en direction du plus bas depuis le début de l’année à 1,1113 et du retracement de Fibonacci de 61,8 % de la hausse de juin à août, à 1,1095, puis des points bas de fin mai 2025 à 1,1050.
Les taux d’intérêt sont appliqués par les établissements financiers aux prêts accordés aux emprunteurs et servent à rémunérer les épargnants et les déposants. Ils sont influencés par les taux directeurs, fixés par les banques centrales en fonction de l’évolution de l’économie. Les banques centrales ont généralement pour mandat d’assurer la stabilité des prix, ce qui signifie, dans la plupart des cas, viser un taux d’inflation sous-jacente d’environ 2 %. Si l’inflation tombe en dessous de la cible, la banque centrale peut abaisser ses taux directeurs afin de stimuler le crédit et de soutenir l’économie. Si l’inflation dépasse nettement 2 %, la banque centrale relève généralement ses taux directeurs pour tenter de la faire baisser.
Des taux d’intérêt plus élevés contribuent généralement à renforcer la monnaie d’un pays, car ils rendent ce dernier plus attractif pour les investisseurs internationaux souhaitant y placer leurs capitaux.
Des taux d’intérêt plus élevés pèsent généralement sur le cours de l’or, car ils augmentent le coût d’opportunité de sa détention par rapport à un investissement dans un actif rémunéré ou à un dépôt bancaire. Lorsque les taux d’intérêt sont élevés, le dollar américain (USD) s’apprécie habituellement. L’or étant coté en dollars, cela a pour effet de faire baisser son cours.
Le taux des fonds fédéraux est le taux au jour le jour auquel les banques américaines se prêtent des fonds entre elles. Il s’agit du principal taux directeur, souvent cité, fixé par la Réserve fédérale lors des réunions de son Comité fédéral de l’open market (FOMC). Il est défini sous la forme d’une fourchette, par exemple de 4,75 % à 5,00 %, mais c’est sa borne supérieure (dans ce cas, 5,00 %) qui est généralement citée. L’outil CME FedWatch permet de suivre les anticipations du marché concernant l’évolution du taux des fonds fédéraux, lesquelles influencent le comportement de nombreux marchés financiers en amont des futures décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale.
Le taux de la facilité de dépôt, l’un des trois taux directeurs de la Banque centrale européenne, est le taux auquel sont rémunérés les fonds que les banques déposent auprès de la BCE. Il est annoncé par la Banque centrale européenne lors de chacune de ses huit réunions annuelles programmées.
En savoir plus.Prochaine publication : Jeu. 29 oct. 2026 à 13:15
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Source :Banque centrale européenne